table des matières, tome 1
A QUI SONT LES MINES ?


       Ahoudé, au schloss, tout le monde se fait petit et évite, s'il le peut, de croiser le chemin du seigneur Jacques de Rathsamhausen.

"Ainsi donc, je ne suis plus maître chez moi !"

       Cette phrase indignée, il l'a répétée au moins dix fois depuis qu'il a reçu la lettre aux armes de l'empereur Ferdinand.

       "Non, je ne suis plus maître chez moi ! Ou plutôt, je ne suis le maître que de la surface du sol. Monseigneur l'Empereur veut bien me laisser mes tapis, mais, pour ce qui est de mon vin, cela se discute. Il faut y mettre les gens de chicane avec leurs cannes à mesurer, et voir quelle est la profondeur de ma cave."

       Le seigneur parle par métaphore. En réalité, ce que lui dispute cette lettre de 1558, c'est le droit d'exploiter ses mines.

       L'empereur annonce une commission d'enquête. Ses inspecteurs vont venir ouar comment qu'c'est avec les mines, ce qui existe, ce qui est exploité, quand, comment et par qui.

       Pas question de laisser entrer ces chat-fourrés ! Jacques de Rathsamhausen leur interdit l'accès à ses terres en 1558. Les choses en restent là jusqu'en 1579.

       Il semblerait que la politique minière de l'Empereur favorise les Veldenz, qui convoitent le Ban de la Roche, au détriment des Rathsamhausen, qui le possèdent. En 1579, Georges-Jean de Veldenz, qui possède déjà des mines à divers endroits alentour, obtient du juge minier, délégué de l'empereur, un protocole pour exploiter un territoire aux environs de Wildersbach.

       Le seigneur de Rathsamhausen le prend mal, et interdit même son territoire, mais il se fait rappeler à l'ordre.

       Cette année là (début 1579), Monseigneur l'Empereur envoie à nouveau une lettre bien sentie à son vassal Jean-Frédéric de Rathsamhausen : les mines dépendent de lui seul, et lui seul peut donner l'autorisation de les exploiter, soit au seigneur de la surface du sol, soit à tout autre. Le seigneur de Rathsamhausen de la Roche est prié de "laisser travailler sans trouble les mineurs, et de leur donner la nourriture et le logement", en payant bien sur.

       En 1580, le sire de Rathsamhausen doit signer un bail avec les Veldenz qui officialise leur présence au Ban de la Roche, et agrandit même le territoire qu'ils peuvent exploiter.

       Voici donc qu'arrive, au Ban de la Roche, toute une population qui ne dépend pas du seigneur, mais du juge minier. Les mineurs sont exempts de toutes tailles, subsides, armées et autres servitudes. Le seigneur de Rathsamhausen exige quand même qu'ils paient une dîme correspondant au neuvième de la valeur du minerai.

       Jean-Frédéric de Rathsamhausen finit par obtenir de l'empereur qu'il admette que le seigneur d'un fief est aussi le propriétaire des mines, et peut les concéder comme bon lui semble.

       Mais c'est une victoire à la Pyrrhus, car, en 1584, Jean-Frédéric de Rathsamhausen meurt, permettant à Georges-Jean de Veldenz de pousser ses pions : il obtient, des tuteurs de l'enfant Samson de Rathsamhausen, la vente à son profit du Ban de la Roche et de ses mines. A l'exception peut-être -ce sera l'objet d'un procès- de Saint Blaise et de Blancherupt.

       Désormais, donc, et ce sera le cas jusqu'à la révolution de 1789, le seigneur du Ban de la Roche est propriétaire à la fois du sol et du sous-sol. Cela veut dire que le seigneur local concède les mines lui-même. Cependant, les "mineurs" (entrepreneurs miniers) conservent une certaine indépendance par rapport à lui et ne deviennent pas ses sujets pour autant. Ce serait complètement irréaliste de l'envisager.

       C'est ici le lieu d'apporter une précision importante :

       Dans tout le Saint Empire Romain germanique, dont le Ban de la Roche fait partie, tout ce qui relève des mines dépend, non des seigneurs territoriaux, mais du juge minier, c'est à dire, indirectement, de l'empereur. Les mineurs ne sont ni serfs ni bourgeois d'aucun lieu ; ils sont exempts de toutes charges publiques ; ce qui ne veut pas dire que ce sont des privilégiés ; bien au contraire, leur condition est totalement précaire et dépend du rendement des puits dont ils ont obtenu l'adjudication, après une rude concurrence ; il est donc tout à fait normal qu'ils puissent circuler librement pour gagner ailleurs leur vie quand un filon s'épuise ou ne tient pas ses promesses.

       Ils ont donc un mode de vie fort différent de celui des serfs attachés à la glèbe. Les mariages entre les deux communautés sont rares et problématiques ; en effet, si le seigneur accepte de plus ou moins bonne grâce que le mineur s'installe chez lui et en sorte, puisque c'est la règle du jeu, cela ne veut pas dire qu'il autorise ledit mineur à le priver de son cheptel humain en épousant chez lui une femme que demain il emménera peut-être ailleurs.

       Nous avons donc là deux populations relativement étanches l'une par rapport à l'autre.

       Les mineurs sont la première, mais non la dernière, des populations mobiles que nous aurons l'occasion d'observer. Plus tard, nous verrons également bouger des "censiers" (fermiers ayant loué une ferme seigneuriale par adjudication), anabaptistes ou non, et même des meuniers, l'aristocratie de la population "mobile", en général plutôt précaire.

       Il convient également de remarquer que les "mineurs", au sens des personnes ayant un statut spécial qui les rend plus libres et plus précaires, ne sont pas les seules personnes à travailler dans les mines.

       Comme nous l'avons dit, leur statut tient au fait que le filon qu'ils exploitent aujourd'hui peut s'épuiser demain, d'où la nécessité vitale de pouvoir chercher ailleurs de quoi vivre. Ceci concerne principalement les entrepreneurs et le personnel très qualifié.

       Mais bien sur, il n'est pas nécessaire d'avoir un statut spécial pour donner des coups de pic dans du minerai, et les seigneurs ne se gênent pas pour y faire travailler leurs serfs au titre de la corvée.

       Celui qui rechignera à travailler aux mines devra accompagner le seigneur à la chasse. Qu'on se le dise ! la menace, car il s'agit bien d'une menace, fait son effet.

       La population stable du Ban de la Roche est également occupée à toutes sortes de travaux périphériques à l'activité minière, travaux qui ne l'obligent pas à abandonner l'agriculture : voiturage et confection du charbon de bois en sont la base.


LES MINES ET AUTRES TRESORS CACHES, D'APRES LE PETIT ALBERT

On repère les endroits où sont cachés des trésors, surtout miniers, grâce à leurs fantômes, feux follets et autres phénomènes effrayants, provoqués par les nains qui les gardent : on reconnaît là de nombreux thèmes des légendes du Ban de la Roche, pays minier s'il en fut. L'auteur du Petit Albert, qui n'a rien d'un suppôt du Diable, mais qui est, entre autres, un excellent ethnologue, nous montre ci-dessous les liens entre ces thèmes.Il s'autorise de Paracelse (+ 1541) qui écrivait à l'époque où l'activité minière en Alsace battait son plein.

Au Ban de la Roche, les principaux trésors cachés sont réputés se trouver dans le château en ruines de Bellefosse, ainsi qu'à La Perheux, à la Hutte ou près de la ferme du Sommerhoff, ou même circuler mystérieusement entre ces endroits, car leur gardien, le Diadelé de Pierres-chattes, aime à les déplacer pour égarer ceux qui les convoitent.

Le large extrait ci-dessous donnera également au lecteur l'occasion de se familiariser avec l' idéologie occultiste et alchimique qui était alors très répandue ; elle avait été illustrée par de très grands noms comme Paracelse ; l'idée principale était qu'il y a des correspondances entre toutes choses et que celui qui les connaît obtient beaucoup de la nature.

Appelez ça de la magie si vous voulez, à condition qu'on soit bien d'accord sur le sens des mots : à l'époque, toute technique permettant d'améliorer son bien-être matériel était considérée comme de la magie; à ce titre, dans les deux Albert, nous trouvons de tout : recettes de médecine populaire ; recettes pour rendre l'acier dur et tranchant (le faire refroidir dans le l'urine d'homme mêlée à de l'eau claire) ; recette pour un bon régime de vie (se comporter à table avec modération et en sortir plutôt avec appétit que trop plein) ; recettes pour l'amour ("il ne suffit pas à l'homme de se faire aimer de la femme passagèrement et pour une fois seulement ; il faut que cela continue et que l'amour soit indissoluble … vous prendrez à ce sujet la moelle que vous trouverez dans le pied gauche d'un loup …") ; recette pour faire rapidement d'excellent vinaigre ; recettes pour faire des vins de liqueur (suivent différentes recettes de vins aux épices, qui mettent l'eau à la bouche et dont certaines ne risquent même pas de rendre ivre puisque le vin est longuement bouilli) ; composition d'une savonnette pour le visage et les mains, qui rend agréable la personne qui s'en sert (je le crois volontiers : la recette est à base d'iris, de santal, de clous de girofle, de cannelle …).; etc …

Il y a aussi des recettes pour faire de l'or : manifestement, le but est d'améliorer sa vie matérielle, pas de devenir un ermite renonçant. N'empêche : ce n'est pas une raison pour soupçonner les occultistes de sorcellerie. Nous ne trouvons, dans les deux Albert, rien de tel que pacte avec le diable, sabbat, recherche de la toute-puissance, ou désir invétéré de nuire à son prochain. Noter, dans l'extrait ci-après, la touchante intention d'aider à trouver le repos les esprits des morts qui le demandent de la part de Dieu.

Un occultiste peut être pieux, comme nous le montre l'Oraison des Salamandres (esprits du feu) reproduite ci-après ; il peut également être fort sceptique sur les points de surnaturel dont il estime n'avoir pas la preuve ; à cet égard, l'auteur du Petit Albert, que nous avons des raisons de situer au siècle des Lumières, est toujours ravi lorsqu'il peut dénoncer une supercherie.

Comment est-il possible de concilier occultisme, piété et scepticisme à la façon du 18 ème siècle? Personnellement, j'ai grand mal à me représenter mentalement un tel grand écart idéologique, mais, autrefois, il y a eu des esprits pour qui c'était tout naturel. Il est clair qu'il y a là tout un pan de l'histoire de la pensée qui ne nous est plus guère accessible à nous modernes. Et c'est bien dommage, car il y a de nombreux indices, dans le Grand et le Petit Albert, dont nous aurons l'occasion de reparler, qui montrent qu'ils ont été écrits par des personnes relativement bienveillantes, et de bon niveau intellectuel. De plus, cette pensée magique (plus ou moins savante,plus ou moins élaborée, plus ou moins superstitieuse selon les personnes) était l'idéologie de base de nos ancêtres. Nous en trouverons maints exemples au fil des pages de ce livre. Il est d'autant plus frustrant d'avoir aussi peu accès à sa substantifique moelle.



Pour trouver un trésor

"J'ai parlé ci-avant des indices naturels par lesquels on peut faire la découverte d'un trésor, et je m'explique, ici, plus nettement. Paracelse, dans son Traité de la philosophie occulte, p 48, dit que, pour avoir des indices certains des lieux où il y a des trésors et des richesses cachés, il faut observer les endroits où, durant la nuit, des spectres ou fantômes apparaissent, ou quelque autre chose extraordinaire, qui épouvante les passants et ceux qui habitent ces lieux. Et, particulièrement, la nuit du vendredi au samedi, si l'on y voit des feux follets, des tumultes, des fracas, ou quelque autre chose semblable, on peut former une conjoncture raisonnable qu'il y a, dans ces lieux, quelque trésor caché.

Mais l'homme prudent n'en demeurera pas là. Il faut se donner garde d'être surpris par le rapport d'autrui, et surtout de quelques gueusailles ou petites femmelettes qui, sur des visions chimériques, engagent les honnêtes gens à des recherches inutiles. Il ne faut donc s'engager dans ces sortes de recherches que sur le témoignage de gens qui ne soient point suspects, c'est à dire qui aient de la probité et soient d'un esprit solide. Et il sera encore plus sur d'éprouver soi-même ces sortes de visions en faisant résidence sur les lieux. (…)

Celui qui voudra s'appliquer à la recherche d'un trésor prétendu caché doit examiner la qualité du lieu, non seulement par la situation présente de ce lieu, mais par rapport à ce que les anciennes histoires en disent.

Car on doit remarquer qu'il y a deux sortes de trésors cachés : la première sorte est de l'or, de l'argent, qui a été formé dans les entrailles de la terre par la vertu métallique des astres et du terrain où il est ; la seconde sorte est de l'or et de l'argent monnayé ou mis en œuvres d'orfèvrerie, et qui a été déposé en terre pour diverses raisons, comme de guerre, de peste et autres.

Et c'est ce que le sage chercheur de trésor doit examiner en considérant si ces circonstances conviennent au lieu dont il est question. Ces sortes de trésors d'or, d'argent et de vaisselle d'orfèvrerie se trouvent ordinairement dans les débris et masures des anciennes maisons de qualité et châteaux, ou proches de vieilles églises et chapelles ruinées. (…)

Il faut surtout que ceux qui sont occupés à cette recherche ne s'épouvantent point. Car il ne manque pas d'arriver assez ordinairement, que les gnomes gardiens des trésors falsifient l'imagination des travailleurs par des représentations et des visions hideuses, mais ce sont des contes de bonnes femmes du temps passé de dire qu'ils étranglent ou tuent ceux qui approchent des trésors qui sont en leur garde. Et, si quelques uns sont morts dans les cavités souterraines en faisant la recherche, cela peut être arrivé ou par l'infection de ces lieux, ou par l'imprudence des travailleurs, qui n'appuient pas solidement les endroits qu'ils creusent quand ils sont ensevelis sous les ruines.C'est un badinage que de dire qu'il faut garder un profond silence en creusant ! Au contraire ! C'est le moyen de s'épouvanter le plus facilement par des imaginations fantastiques. On peut donc, sans scrupules, parler de choses indifférentes, ou même chanter, pourvu qu'on ne dise rien de dissolu ou d'impur qui puisse irriter les esprits.

Si, en avançant dans le travail, on entend plus de bruit qu'auparavant, que l'on redouble les parfums, et que quelqu'un de la compagnie récite à haute voix l'Oraison de la Salamandre, que j'ai donnée ci-devant, et ce sera le moyen d'empêcher que les esprits n'emportent plus loin le trésor, se rendant attentifs aux mystérieuses paroles que l'on récitera. Et pour lors, on doit redoubler vigoureusement le travail. Je ne dis rien qui n'ait été éprouvé en ma présence. Le petit livre de l'Enchiridion est bon, dans ces occasions, à cause de ses mystérieuses oraisons.

Il est arrivé quelquefois que les gnomes ont transmué les métaux précieux en des matières viles et abjectes, et ont trompé les ignorants qui n'étaient pas informés de leurs subtilités. Mais le sage et prudent fossoyeur qui trouvera dans les entrailles de la terre ces sortes de matières, qui naturellement n'y doivent pas être, les recueillera et les éprouvera au feu composé de bois de laurier, de fougère et de verveine, le charme se dissipant par ce moyen, les métaux retourneront en leur première nature. (…)

Je finirai cette matière par le secret que donne Cardan pour connaître si le trésor est dans le lieu où l'on creuse. Il dit qu'il faut prendre une grosse chandelle, composée de suif humain, et qu'elle soit enclavée dans un morceau de bois en coudrier. Et si, la chandelle étant allumée dans le lieu souterrain, y fait beaucoup de bruit en pétillant avec éclat, c'est une marque qu'il y a un trésor en ce lieu, et, plus on approchera du trésor, plus la chandelle pétillera, et enfin elle s'éteindra quand on en sera tout à fait proche. Il faut avoir d'autres chandelles dans les lanternes, afin de ne pas demeurer sans lumière.

Quand on a des raisons solides pour croire que ce sont les esprits des hommes défunts qui gardent les trésors, il est bon d'avoir des cierges bénits au lieu de chandelles communes, et de les conjurer, de la part de Dieu, de déclarer si l'on peut faire quelque chose pour les mettre en un lieu de bon repos ; il ne faudra jamais manquer d'executer ce qu'ils auront demandé."


Quelques endroits au (ou à proximité du) Ban de la Roche où trouver un trésor
et comment traiter (quand c'est possible) avec ses gardiens :

       -       vers la Hutte, un hameau de Belmont, exista une mine d'argent si grande, d'après la légende, qu'on circulait à cheval dans ses galeries ; en réalité, d'après les vestiges, cette mine est fort petite, mais, s'il s'agit bien de celle que l'on appela Filon sainte Elizabeth, puis Trou du Loup, elle est grande par son contenu, puisqu'il s'agit d'argent et pas seulement de fer ; aujourd'hui, il y a là un chemin dit du Wolf, du nom d'un loup qui y est mort de faim ; si l'on s'y trouve vers minuit, on y voit de petites lumières qui sortent de terre, puis elles grandissent, prennent la forme de loups, aboient, hurlent, avance vers le voyageur ; s'il avance, elles avancent ; s'ils reculent, elles reculent ; observer que ce sont des lumières, donc des feux, qui effraient le voyageur, point à rapprocher du fait que le petit Albert utilise l'oraison des Salamandres pour protéger le trésors, ce qui revient à faire appel aux esprits du feu
       -       c'est également vers la Hutte qu'est enterrée la cloche d'argent de Belmont ; plusieurs l'ont entendue sonner ; plusieurs ont vu de jolies petites lumières qui s'éteignirent quand ils approchèrent ; cela porte bonheur d'entendre le joli tintement de la cloche d'argent, mais il ne semble pas qu'elle ait envie de revenir à la surface ; elle a affaire en dessous ; si elle remonte, qui appellera au service divin les populations disparues de Belmont ?
       -       de temps en temps, on voit, près du château de Bellefosse, un esprit que l'on appelle le Diadelé des Pierre-chattes ; il part du Château pour s'avancer sur une jambe vers la forêt de Belmont, à la Croix Rouge ; il y cherche le trésor des Rathsamhausen ; au bout d'une heure, il revient, chargé du trésor qu'il enterre près du château ; mais il faut croire que ce travail est à refaire sans cesse, puisqu'on continue de voir cet esprit ; il semblerait donc qu'il s'agisse d'un de ces esprits qui protègent leur trésor en le déplaçant, habitude connue de l'auteur du Petit Albert, comme le montre l'extrait ci-dessus
       -       quand le trésor des Rathsamhausen habite (temporairement?) la Perheux, il est à la disposition de qui creusera sans se laisser effrayer par les cris ; il demande parfois qu'on vienne le découvrir ; ainsi, il est apparu en songe à la Kate, désenvoûteuse quasi-officielle de Bellefosse ; il eut la bonté de lui dire de se faire accompagner par deux confrères, le Man du Minou de Waldersbach et le père Didier de Belmont ; il lui indiqua même où creuser ; nos sorciers étaient trois, dont aucun n'était une poule mouillée ; ils creusèrent malgré les cris et trouvèrent une grande caisse cerclée de fer ; mais, comme les cris redoublaient, ils s'enfuirent sans trouver le trésor ; la nuit suivante, ils revinrent, bien décidés à ne plus se laisser effrayer, mais ils ne trouvèrent plus rien ; non seulement la grande caisse avait disparu, mais de plus, il n'y avait aucune trace de leurs coups de pioche ; pas le moindre brin d'herbe de dérangé ; comme si rien ne s'était passé.


Oraison des Salamandres telle qu'elle figure dans le Petit Albert

"Immortel, Eternel, Ineffable et sacré Père de toutes choses, qui es porté sur le chariot roulant sans cesse des mondes qui tournent toujours … Tes yeux redoutables découvrent tout et tes saintes oreilles écoutent tout, excuse les enfants que tu as aimés dès la naissance des siècles ! Car ta durée, éternelle et grande majesté, resplendit au dessus du monde et du ciel des étoiles. Tu est élevé sur elles, ô feu étincelant, et Tu T'allumes et t'entretien toi-même par ta propre splendeur, et il sort de Ton essence des ruisseaux intarissables de lumière qui nourrissent ton esprit infini. Cet esprit infini nourrit toutes choses et fait ce trésor inépuisable de matière … De cet esprit tirent aussi leur origine ces rois très saints qui sont debout autour de ton trône et qui composent ta Cour. O Père universel, ô unique Père des bienheureux mortels et immortels … notre continuel exercice est de Te louer et de T'adorer …"

Le lecteur a vu en lisant cet extrait que les Salamandres ( esprits du Feu) adorent Dieu selon des dogmes que l'Eglise, souvent, ne désapprouverait pas ou à peu près pas : Dieu est au-dessus de la nature et de tous les êtres, qui ne sont que Ses créatures ; ce n'est qu'une fois ce préalable clairement posé que peut s'exercer la "magie" de l'occultiste.

La seule chose qui nous surprend un peu est la façon dont nos esprits du feu insistent sur la nature ignée de Dieu : on dirait presque que le Créateur est un feu ineffablement supérieur aux autres feux ; il y a là une vision quelque peu "salamandromorphique" de Dieu (un esprit du feu, en mieux), mais au fond, elle n'est pas plus inexacte ni plus naïve que nos propres tendances à l'anthropomorphisme, qui font de Dieu un homme en mieux.





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